Féérie

Juin

Novembre

Seine

Soir d’hiver

les feuilles mortes

Le chemin de ton cœur

  Les Flammes d’Hiver

Tableaux d’hiver

Noël

Moineau

 

 

Féérie

 

Du passé

Consumé

Les cendres

Ont fleuri.

O tendre

Féérie !

O neigeuse

Enchanteuse !

O douceur !

En mon cœur

Une rose

Est éclose…

 

Juin

 

Si gris le temps de juin, si morne est la saison !

Et mon âme songeuse observe tendrement

Le rosier paresseux effeuiller lentement

Ses fleurs harmonieuses sur le vert gazon...

 

O mon île ! J'entends le cri sauvage et pur

D'un oiseau solitaire au gré du vent bercé ;

Je le vois s'éloigner au plus haut dans l'azur

Vers une folle et enivrante liberté...

 

Et j'imagine aussi la blancheur des nuages,

Les mille mouches d'or d'un reflet sur les eaux,

Un rayon de soleil, une ombre sur le flot

Et la blanche étendue des sables du rivage...

 

Mais à Paris, elle est si morne, la saison !

Et mon âme songeuse observe tristement

Le rosier douloureux effeuiller tendrement

Ses fleurs harmonieuses sur le vert gazon.

 

 


Novembre

 

Le voici revenu, le temps des souvenirs ;

Le soir, le long soir bleu palpitant de mystère

Fait naître dans mon cœur un étrange désir,

Fascinant, irréel, tellement solitaire…

Le voici revenu, le temps des souvenirs !

 

Le soir, le long soir bleu palpitant de mystère

Glisse, glisse en l’espace étouffé de brouillard.

Et la feuille se meurt à l’orée de l’hiver,

Mon âme se flétrit et, langoureux et noir,

Le soir, le long soir bleu palpite de mystère.

 

Fais naître dans mon cœur un étrange désir,

Seigneur, fais naître en moi la brûlure d’amour !

D’une ineffable ardeur consume moi toujours ;

Oh, quand verrai-je enfin ton si tendre sourire ?

Il brûle dans mon cœur un immense désir.

 

Fascinant, irréel, tellement solitaire,

Il flotte dans mon âme un rêve de lumière.

J’aurais voulu chanter le plus doux des poèmes,

Mais tous les mots s’enfuient, et le vent les parsème,

Fascinant, irréel, tellement solitaire !

 

Mais voici revenu le temps du souvenir :

Novembre fuit, épais, le long des soirs songeurs,

Et la feuille en tombant exhale un long soupir,

Fait palpiter la nuit d’une humide langueur,

Tandis que s’évapore un frêle souvenir.

 


Seine

 

C’est Dimanche. L’eau verte et sale de la Seine

Charrie ses tourbillons vers un lointain aval ;

Imposante et sacrée, la lourde cathédrale

Tend ses tours vers le ciel, immenses, souveraines.

 

Quelques passants frileux circulent sur les ponts

Et, tandis qu’accoudée au parapet, rêveuse,

J’observe le vol gris des mouettes rieuses,

Le flot crasseux s’écoule en pleurant sa chanson.

 

Je refoule en mon âme une vague détresse.

Paris. La ville est sombre, et le ciel morne et pâle.

Mais je marche, pour mieux chasser cette tristesse,

Le long des quais où fuit l’eau toute verte et sale.

 

Est-ce d’avoir revu danser les blanches mouettes

Qui m’a remis au cœur le désir du rivage ?

Comment préfèrerais-je à mon île coquette

Où l’onde est transparente et les oiseaux sauvages,

 

Où la moire de l’eau chatoie dans la lumière,

La fière et monotone île de la Cité ?

Et ce n’est pas ma faute si mon cœur préfère

S’élancer, palpitant, vers les bleus de l’été…

 

Le grand fleuve, violent, charrie ses tourbillons ;

Et tandis qu’accoudée au parapet, rêveuse,

J’observais le vol gris des mouettes rieuses,

Le flot crasseux coulait en pleurant ses chansons.

 

 


Soir d’hiver

 

Le soir… Le long soir pleure au décours d’un jour froid

Et l’hiver grelottant rassemble ses nuages

Tandis qu’un souvenir appelle au fond de moi

Son beau rêve égaré de ciel et de rivages…

 

Le vent âpre s’engouffre au creux des cheminées,

Attise un feu songeur tout près de s’endormir ;

Ainsi fait-il encore en mon âme frémir

Parmi les cendres bleues ma souffrance oubliée.

 

Bien timide, pourtant, oh, ma pauvre souffrance,

Bien secrète, bien pâle, et bien ancienne aussi…

A peine quelquefois redis-tu ta présence,

Mais ces soirs-là, mon Dieu ! Comme tu la redis !

 

Sauvage, tu déchires mon âme incertaine

D’un impérieux désir d’embruns et de lumière…

Mais je ne peux voler vers mes rives lointaines,

Ni revoir sur la lande fleurir l’œillet de mer…

 

Lors laisse-moi pleurer, oh, seule, un long moment.

Fuis, pars, va-t’en bien loin, loin ! Loin, ô mon tourment !

Je ne demande rien à personne, sinon

Qu’on me laisse pleurer quand mes rêves s’en vont.

 

Je ne demande rien, sinon quand vient le soir

Un tout petit coin d’ombre, un petit coin tout noir

Où je puisse blottir mon chagrin palpitant,

Un petit coin tout noir pour mes rêves d’enfant…

 

 


 

Les feuilles mortes

 

Au crépuscule, quand l’hiver souffle en tempête,

Les arbres nus ont d’étranges silhouettes :

Ils tendent vers le ciel leurs bras désespérés…

Toutes leurs feuilles sont tombées !

 

Moi, j’aimais tant l’été chercher sous leur ombrage

Cette pénombre fraîche incitant à flâner ;

Les oiseaux turbulents y menaient grand tapage…

Mais quand les feuilles sont tombées !

 

Où vont nicher le pic-épeiche, le moineau,

Et le pinson, le rouge-gorge, et l’étourneau ?

Qui les abrite donc durant l’hiver glacé,

Puisque les feuilles sont tombées ?

 

L’enfant les foulait aux pieds après l’école ;

Leur frou-frou lui plaisait, il trouvait cela drôle.

Et puis on en a fait des tas, pour les brûler…

Qu’importent les feuilles tombées ?

 

Sèches, décolorées, vous si vertes naguère,

Pourquoi seule ce soir voulais-je vous chanter ?

Car il n’y a pour vous plus rien, plus rien à faire

Depuis que vous êtes tombées.

 

Ainsi la vie fit s’envoler

Toutes  mes illusions d’enfance.

Et quelles joies, quelle espérance

Pourront jamais les remplacer ?

Où sont allés nicher mes rêves,

Où ? Dans quel bois, sur quelle grève ?

 

Mais toi, l’amie à qui je les ai confiées,

Peux-tu au moins, peux-tu ne pas les oublier,

Mes illusions toutes fanées ?

 


 

 

Le chemin de ton cœur

 

Le chemin de ton cœur, où me mènera-t-il ?

Parfois c’est un sentier bien herbu, bien tranquille,

Bordé de savoureux et enivrants parfums :

Les fleurs les plus variées y croissent, toutes belles.

Je n’ai qu’à me pencher pour prendre à pleines mains

L’iris, l’œillet sauvage et la blanche asphodèle,

Le frêle myosotis, le muguet printanier,

La jacinthe odorante et la douce pensée…

 

D’autres fois il amorce un tournant capricieux,

Va se perdre et flâner, espiègle, malicieux,

Et négligeant le but va retrouver le rêve :

Laisse-moi, pour le suivre, une minute brève…

Mais ce chemin, qui sait être tendre et charmeur,

Pourquoi serpente-t-il parfois, si tortueux,

Tout de ronces bordé, d’orties et d’épineux,

Et devient-il ainsi sombre, oppressant, trompeur ?

 

Je l’ai choisi pourtant entre cent, entre mille,

Pour en faire ce soir un poème impromptu.

Réponds-moi, je t’en prie !  Mais au moins le sais-tu ?

Le chemin de ton cœur, où me mènera-t-il ?

Sur les rides des eaux, au plus profond des bois,

Ou dans le cercle bleu d’un immense arc-en-ciel ?

 

N’importe le sentier, n’importe où il ira,

N’importe ! Oh, mon amour, j’y serai comme au ciel,

Pourvu que tu y sois !

 

 


 

Tableaux d’hiver

 

1. GIVRE

 

Bouquets immaculés que le givre fit naître

A l’heure où les oiseaux devaient dormir encore,

Que vous me semblez beaux à travers la fenêtre

Dans la pâle lueur dispensée par l’aurore !

 

L’irréelle blancheur des corolles de glace

Dans le flou d’un brouillard ingénuement s’efface ;

La vie s’est arrêtée par ce froid trop intense

Dans l’immobilité de ce vaste silence…

 

2. CIEL

 

Les yeux levés, observe un ciel plein de nuages,

L’étrange procession de leur grise mouvance,

Leur fol empressement à changer de rivages,

A rechercher plus loin l’illusoire espérance.

 

Observe dans l’espace un vol de migrateurs,

Le battement rapide et léger de leurs ailes,

Leur cou obstinément tendu vers quelqu’ailleurs,

Vers quelqu’autre contrée plus riante, plus belle…

 

Vois, tout bouge et s’enfuit dans un grand ciel d’hiver,

A l’affût d’un peu plus de joie et de lumière…

 

 


 

Noël

 

Noël… s’endort

Au creux de nos maisons ;

L’étoile d’or

Scintille au ciel profond.

 

Et les moutons

Dans la crèche, bien sages,

Couchés en rond,

Attendent les Rois Mages.

 

 

 

 


 

Moineau

 

Un moineau gris se perche au sommet du noyer.

Pauvre petit oiseau, dans le froid revenu…

Et soudain, mon amour, je me suis aperçue

Que les feuilles d’automne étaient tout envolées…

 

Et ce petit moineau, soudain, me fit penser

A cet oiseau fluet de l’autre hiver passé,

Celui-là qui venait quémander à ta porte

Un peu du réconfort que ta présence apporte.

 

Où est-il, cet oiseau par les vents emporté ?

Sauvage et obstiné, où s’en est-il allé ?

Il a dû s’endormir au creux de quelque bois.

Mais s’il revient un jour, non, ne le laisse pas…

 

C’est l’hiver qui me rentre au plus profond du cœur,

L’hiver tout seul, tout froid, chargé d’ombre et de pleurs ;

Cet hiver, mon amour, épuisé de tristesse,

Cet hiver nu me vêt d’inutiles détresses.

 

 


 

 

Dernière modification : 26/06/2003, © Badadou 2003 Tous droits réservés