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Vendredi
Je
devrais être heureuse à la fin de ce jour,
Puisque
je t’ai revu, puisque je t’ai parlé,
Puisque
après ton absence a fleuri ton retour
Et
qu’il m’était permis de me croire comblée…
Mais
je ne sais quel trouble a voilé mon regard,
Insondable
chagrin dont j’ignore la cause !
A
mon bonheur pourtant il manquait peu de chose :
Peut-être
simplement la volonté d’y croire ?
Et
tu t’en es allé, après un bref adieu,
Si
joyeux et serein, et si calme, mon Dieu !
Et
tu t’en es allé, tandis que je pleurais,
Sans
un dernier regard où tremble du regret.

Larcin
Dans
notre cave bien remplie
Et sans
plus de cérémonie
Messire
Rat fit son logis.
Journaux
froissés, chaleur, abri,
Poires
juteuses, pommes rondes,
Noix
de saison, patates blondes,
Il
y trouvait tout, à l’envie.
Sa
gourmandise l’a perdu,
Car
on ne l’eût point découvert
Si
dans le sac juste entrouvert
Trop
de noix n’avaient disparu !
Messire
Rat, la mort te guette
Si
tu croques de ces boulettes :
Alors,
tu sais, plus de festins,
A
moins qu’avant petit matin,
Vite,
trottant à toutes pattes
Ailleurs
tu portes tes Pénates !

Balade à la campagne
L’ombre
bleue d’un oiseau sur l’eau se réfléchit.
Parmi
les bouleaux nus les herbes sont blanchies,
La
lumière du ciel éclabousse l’espace.
L’étang
peint, ébloui, le reflet roux des bois,
Ses
rides sont figées mais la gelée s’efface
Sur
les feuilles jaunies craquelées par le froid.
Un
vol noir de corbeaux déchire le silence,
Puis
tout reste immobile. Une branche est tombée ;
Un
demi-gland ressemble à un brun scarabée.
L’heure
s’est arrêtée et rêve à l’espérance…
Mais
que fais-je moi-même au milieu du sentier
Sinon
m’emplir d’ivresse et de sensations claires ?
J’oublie
la ville grise et son lot de misères,
Enfin
livre au repos mon esprit tout entier.
Oh,
quelle paix endort cette vaste campagne !
La
nature irisée enchante mes regards ;
Tandis
que le jour fuit vers son déclin du soir,
Le
soleil et l’espoir, bons guides, m’accompagnent.

Averse
Il
pleut dans le jardin
Une
averse de juin ;
Il
pleure dans mon cœur
Un
regret de bonheur ;
Il
pleut dans le jardin.
Il
pleut. Tu es si loin !
J’écris
sans savoir quoi…
Mes
mots rêvent de toi ;
Il
pleut dans le jardin,
Il
pleut. Tu es si loin !
C’est
bête, je sais bien,
De
perdre ainsi mon temps .
Mais
même le printemps
Pleure
au fond du jardin ;
C’est
bête, je sais bien.
Tiens,
l’averse est finie,
Et
le soleil revient.
Je
n’entends plus la pluie
Pleurer
dans le jardin ;
Tiens ?
L’averse est finie.
J’entends
rire un oiseau
Et
chanter la gouttière…
Le
vent souffle. Il fait beau.
Il
pleut de la lumière ;
J’entends
rire un oiseau.

Oiseaux de nuit
On
se les imagine, gros hiboux rêveurs,
Immobiles
vieillards grincheux, pleins de poussière,
Tapis
sur une poutre en d’anciennes demeures
Et
roulant en leurs yeux d’insondables mystères.
On se
les imagine en sombres fées des nuits,
Chauves-souris
frôlant les toits de nos logis
Comme
de purs esprits voletant à l’entour
Du
crépuscule obscur à la pointe du jour.
Mais,
leurs yeux pleins de lune et d’ombres forestières,
Les
grands hiboux songeurs sont plus sages que nous,
Et
les chauves-souris si vives, si légères,
Elles
qu’on dit aveugles voient bien mieux que nous.
Et
moi, qui si souvent à l’heure où tout est noir
Seule,
rêve dans l’ombre à ton tendre regard,
Les
yeux tout grands ouverts, et laissant mon esprit
Voleter,
impalpable, à l’entour de ta vie,
Ne
suis-je pas aussi
Un
peu oiseau de nuit ?

Ciel triste
Dans
le ciel gris passe un oiseau
Qui
fuit vers un pays nouveau.
Dans
le ciel triste a fui ta voix
Et mon
cœur vole où tu t’en vas.
Ma
vie s’écoule et le temps meurt.
L’hiver
blanchit mes mornes heures.
Tu
es parti. J’attends, mais quoi ?
Puisque
tu ne reviendras pas…
Pourtant,
si tu reviens, amour !
Si
tu reviens, raconte-moi !
Mais
je suis seule. Le ciel lourd
Et
triste a emporté ta voix.

Pour toi
Pour
toi, si tu voulais, je ferais tant de choses…
Je
sèmerais de fleurs le coton des nuages,
Je
nouerais l’arc-en-ciel à la tige des roses
Et
apprivoiserais l’écho le plus sauvage.
Je
ferais un voilier d’un fin croissant de lune,
La
voilure taillée dans l’étoffe des brumes,
En
guise de mâture un rayon de comète
Et
l’Etoile Pôlaire en guise de
girouette.
Pour
toi j’inventerais un monde sans hiver ;
La
neige immaculée semée de primevères
En
plein cœur de l’été brillerait au soleil,
Et
sur le givre en fleur danseraient les abeilles.
Pour
toi, si tu voulais, je fixerais le temps,
Assombrirais
l’éclair et claicirais les nuits,
Bornerais
l’infini, ferais durer l’instant,
Et crier
le silence et taire chaque bruit.
Alors,
me diras-tu, rien ne t’est impossible ?
Une
chose, une seule, : ne la demande pas,
Car
cesser de t’aimer n’est pas chose possible.
Même
si tu voulais, non, je ne pourrais pas !

Chanson naïve
Sur
la branche fleurie
Deux
gais oiseaux s’égosillaient
Et
pour distraire mon ennui
J’ai
écouté ce qu’ils disaient :
Mais
je n’ai rien compris.
Au
bout de la prairie
Deux
peupliers se balançaient.
Et
pour distraire mon ennui
J’ai
observé ce qu’ils dansaient :
Mais
je n’ai pas compris.
Dans
l’eau bleue d’un bassin
Deux
poissons rouges tournoyaient
Et
pour distraire mon chagrin
J’ai
fait des ronds comme eux faisaient :
Je
n’y comprenais rien.
Alors
j’ai vu sur la prairie
S’épanouir
deux fleurs, si belles…
Et
pour distraire mon ennui
J’ouvrai
mon cœur tout grand, comme elles…
Soudain,
mon Dieu, j’ai tout compris !

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